Refaire son site ou le réparer : la grille de décision en 8 questions
Une refonte coûte cinq à dix fois plus cher qu'une réparation ciblée, et dans un cas sur trois elle ne règle pas le problème. Voici les huit questions qui tranchent, avec un système de score.
« Notre site date de 2018, il faudrait le refaire. » C'est la phrase d'ouverture d'un rendez-vous sur deux. Dans un tiers des cas environ, la refonte n'est pas la bonne réponse : le site est structurellement sain et souffre de trois ou quatre défauts précis, réparables pour dix fois moins cher.
Le problème, c'est que personne n'a intérêt à vous le dire. Une agence gagne davantage sur une refonte. Et de votre côté, « refaire » est une décision plus simple à porter en réunion que « corriger sept points ».
Voici la grille que j'utilise. Huit questions, un score, une décision.
Comment utiliser la grille
Répondez par oui ou non. Chaque oui vaut le nombre de points indiqué. Additionnez à la fin.
Question 1 — Le socle technique est-il encore supporté ? (4 points)
Votre site tourne-t-il sur une version de PHP, de WordPress ou d'un framework qui ne reçoit plus de correctifs de sécurité ? Le thème ou les extensions critiques sont-ils abandonnés par leurs auteurs ?
C'est la seule question qui peut décider seule. Un socle non supporté n'est pas un inconfort, c'est une compromission qui attend son heure, et aucune réparation cosmétique n'y changera rien.
Question 2 — Le site est-il modifiable sans développeur ? (3 points)
Pouvez-vous ajouter une page, changer un tarif, publier une actualité vous-même ? Ou chaque virgule passe-t-elle par un prestataire, avec un délai et une facture ?
Un site que vous ne pouvez pas éditer se fige, puis devient faux, puis devient contre-productif. C'est un motif de refonte parfaitement légitime, même si tout le reste fonctionne.
Question 3 — Le référencement est-il structurellement cassé ? (3 points)
Distinguez « nous ne sommes pas premiers sur notre mot-clé » de « nous sommes invisibles ». Le second cas a des causes identifiables : pages non indexées, contenus dupliqués, absence de balises, arborescence incohérente, site inaccessible aux robots.
Attention : une refonte mal préparée détruit le référencement acquis. Si le vôtre fonctionne, c'est un argument fort contre la refonte, ou au minimum en faveur d'un plan de redirections sérieux.
Question 4 — Le mobile est-il utilisable ? (3 points)
Pas « responsive » au sens où ça se redimensionne. Utilisable : le menu s'ouvre, les formulaires se remplissent au pouce, les tableaux se lisent, la page principale se charge en moins de trois secondes en 4G.
L'essentiel de votre trafic est là. Un site inutilisable sur mobile perd la majorité de ses visiteurs avant d'avoir dit bonjour.
Question 5 — L'identité visuelle vous dessert-elle ? (2 points)
Question honnête, à poser à quelqu'un d'extérieur : votre site vous fait-il paraître plus petit, plus ancien ou moins sérieux que vous ne l'êtes réellement ?
En B2B industriel, c'est un vrai coût. Un acheteur qui compare trois fournisseurs élimine sur ce critère sans jamais vous le dire. Mais deux points seulement : c'est rarement suffisant pour justifier une refonte à soi seul.
Question 6 — Le contenu correspond-il encore à votre activité ? (2 points)
Vos services ont-ils évolué depuis la mise en ligne ? Vos références sont-elles à jour ? Parlez-vous encore à la clientèle que vous visez aujourd'hui ?
Point important : ce problème-là ne se règle jamais par une refonte technique. Si vous refaites le site sans réécrire les textes, vous obtiendrez le même contenu inadapté dans une plus jolie boîte. C'est l'erreur la plus fréquente et la plus coûteuse.
Question 7 — Avez-vous besoin de fonctionnalités que le site ne peut pas accueillir ? (3 points)
Un espace client, un suivi de commande, une prise de rendez-vous, une connexion à votre ERP. Si l'architecture actuelle ne peut pas les recevoir sans bricolage, vous êtes face à un changement de nature, pas à une réparation.
Question 8 — Êtes-vous propriétaire de votre site ? (4 points)
Détenez-vous le code, les accès à l'hébergement, et le nom de domaine à votre nom ? Ou tout est-il sur le compte d'un prestataire, sous une formule « tout compris » ?
Si vous n'êtes pas propriétaire, la question n'est plus de savoir si vous refaites, mais quand — et il vaut mieux que ce soit à votre initiative plutôt que le jour où votre prestataire cesse son activité. C'est détaillé dans la grille tarifaire 2026.
Lire votre score
0 à 5 points — Réparez. Votre site est sain. Faites un audit des fuites de conversion, corrigez les trois ou quatre points identifiés, réécrivez la page d'accueil. Comptez quelques jours de travail, pas des semaines : vous obtiendrez l'essentiel du gain d'une refonte pour une fraction de son prix.
6 à 11 points — Refonte partielle. Gardez ce qui marche — souvent le contenu et le référencement — et refaites la couche présentation, ou l'inverse. C'est la zone où l'accompagnement compte le plus, parce que c'est là qu'on se trompe le plus facilement de moitié à refaire.
12 points et plus — Refonte complète. Le cumul justifie de repartir d'une base propre. Mais imposez-vous deux conditions : un plan de redirections validé avant la mise en ligne, et une reprise éditoriale des textes. Sans ces deux points, une refonte complète fait typiquement chuter le trafic de 30 à 60 % pendant plusieurs mois.
Les trois pièges de la refonte
Refaire à l'identique. Vous payez cher pour reproduire les défauts que vous connaissiez. Si personne n'a listé par écrit ce qui ne va pas avant de commencer les maquettes, c'est ce qui va se passer.
Oublier les redirections. Chaque URL qui change doit rediriger vers son équivalent. Sur un site de dix ans avec deux cents pages indexées, c'est une journée de travail, et l'oublier revient à jeter dix ans de référencement acquis.
Sous-traiter la décision au prestataire. Le diagnostic et la réalisation devraient idéalement être portés par des personnes différentes, ou au minimum le diagnostic doit être écrit et discutable avant le devis. Demander à quelqu'un s'il faut refaire votre site, quand il vend des refontes, n'est pas une question neutre.
Un dernier repère
Si vous hésitez encore, posez-vous cette question : qu'est-ce qui va changer, mesurablement, dans six mois ?
Si la réponse est « on aura un site plus moderne », c'est un projet esthétique — légitime, mais budgétez-le comme tel. Si la réponse est « on passera de douze à vingt-cinq demandes de devis par mois, parce que le formulaire sera utilisable sur mobile et que la page tarifs existera », vous avez un projet mesurable, et vous saurez dans six mois s'il a réussi.
C'est la seule différence qui compte entre une dépense et un investissement.
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